Carnets d’Europe : Budapest

Jeter ses pensées sur papier. Clarifier ses émotions et impressions. Figer des moments tout en leur donnant une seconde vie.

C’est ce que je souhaite entreprendre aujourd’hui.

Budapest, capitale des Magyars. Joyau d’un pays enclavé, la Hongrie, Budapest s’étend de part et d’autre du majestueux Danube qu’évoquait Johann Strauss. Mon séjour fût brumeux, plongé dans le brouillard. Les bâtiments et palais Art Nouveau essayaient de s’en détacher.

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Cette atmosphère est non sans rappeler celle, plus à l’est, des châteaux transylvaniens, immortalisés par exemple par Viktor Madarász avec sa toile le Deuil de László Hunyadi.

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Rappelons, à ce titre, que la Hongrie possédait au 15e siècle un vaste royaume, comprenant la Croatie, la Slovaquie, et une bonne partie de l’actuelle Roumanie. Mais les Magyars ont été battus par les Turcs. Et lorsque ces derniers ont perdu face aux Autrichiens, les Habsbourg ont fait main-basse sur le pays. Malgré ses révoltes nombreuses, la Hongrie a su tirer parti de cette domination. En témoignent les somptueux hôtels et rues de l’époque autro-hongroise. Dans le quartier du Château, du côté de Buda, mes promenades me conduisent dans des rues où s’alignent des maisons baroques bleues, rouges, ou encore jaune ocre, le fameux « jaune Marie-Louise », du nom de l’impératrice autrichienne.

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Une très belle rue, près de la porte de Vienne, dans le quartier du Château.

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Un magnifique fer-forgé et une très curieuse fenêtre, toujours dans ce même quartier.

 

A Pest, j’ai la chance de prendre le thé dans l’élégant Palais Gresham. Construit dans les années 1920 pour une compagnie anglaise, il pare son hall d’entrée d’un fer-forgé raffiné aux motifs animaliers et floraux, s’habille de mosaïques murales, tandis que ses plafonds sont hauts et lumineux. En flânant entre le quartier du Parlement et l’avenue Andrassy, également surnommée « les Champs-Elysées budapestois », je crois entendre les célèbres valses du dix-neuvième siècle tout comme j’imagine les élégantes  mondaines en passant devant l’Opéra, où j’ai eu le privilège de voir » la Bohème ». En entrant dans le clinquant et luxueux café New-York, je crois revivre les discussions politiques, littéraires et culturelles du siècle dernier.

 

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Le magnifique fer-forgé du Palais Gresham.

 

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Salle principale de l’Opéra de Budapest.

 

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Café New-York.

Mais Budapest n’a pas connu que le Beau. Humiliée par le traité de Trianon, qui la prive de 2/3 de son territoire et de sa population, la Hongrie a commis l’irréparable et s’est alliée aux nazis pendant la Seconde Guerre Mondiale. Quand on se promène le long du Danube, des chaussures en fer, de toutes tailles, et disposées sur le quai, nous rappellent que des centaines de Juifs furent alignés et fusillés devant leur fosse commune, le fleuve. Puis, autre temps de malheur. Après la Guerre, un rideau de fer s’est abattu sur l’Europe, pour paraphraser Churchill, et les Soviétiques ont imposé leur joug dès 1945. Cela ne pouvait convenir à ce peuple rebelle, qui se soulevait en 1956, appelant au pouvoir Imre Nagy, communiste réformateur et charismatique. Quelques jours plus tard, les chars de l’Armée Rouge entraient dans Budapest et écrasaient l’insurrection dans le sang;Imre Nagy était exécuté en Russie. En face du Parlement, des plaques métalliques perforées de balles rappellent ces moments.

 

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Mémorial « Chaussures sur le Danube ». Crédits photo : Sharon Drummond (Flickr).

Ce voyage s’achève, pour mes compagnons et moi, avec une impression de grandeur. Depuis l’île Marguerite, lieu de villégiature budapestois, nous observons la ville s’illuminer avec l’apparition du crépuscule. Un vent froid souffle fort, comme s’il souhaitait tailler nos visages à la serpe. Depuis la pointe de l’île, les différents ponts brillent de mille feux et s’offrent à nous : Margit, Szechenyi…

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Le pont Marguerite (Margit hid). Crédits photo : hattyu (Flickr).

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Une des très belles fenêtres du Parlement hongrois.

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L’entrée officielle du Parlement. Crédits photo : Sandor Demko (Flickr).

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Escalier d’honneur du Parlement. Crédits photo : mtcurom (Flickr).

 

Vislat ! *

 

*Vislat = Au revoir, en magyar.

A propos Sacha Bianovici

Etudiant à l'EDHEC Business School. Passionné d'histoire, de politique, d'économie, et de voyages.

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