Carnets d’Europe : Ecosse, moments choisis

Nous étions quatre jeunes Français, voulant vivre l’aventure. Pendant deux semaines, nous avons sillonné l’Ecosse, à la recherche des secrets des clans et des saveurs du whisky. Nous avons parcouru une nature sauvage et indomptable, des territoires mystérieux, des vallées immémoriales.

 

Dès Edimbourg, on croit apercevoir les Highlands. La ville est bordée d’un ancien volcan et construite sur des pitons rocheux. Les rues serpentent et épousent les formes du relief. La nuit, les rues médiévales et faiblement éclairées nous plongent dans une atmosphère énigmatique, nous rappelant que l’Ecosse est le pays de Macbeth et de Marie Stuart. On se réchauffe et se rafraîchit dans de chaleureux pubs, où les Ecossais se rassemblent joyeusement. Des musiciens égaient l’assemblée, tandis qu’on pourrait passer des heures à choisir sa bière et/ou son whisky devant d’interminables comptoirs boisés.

 

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Edimbourg depuis Arthur’s Seat

 

Notre compagnie s’est ensuite dirigée vers le nord. Nous devions pousser jusqu’aux territoires les plus septentrionaux. En chemin, nous nous sommes arrêtés dans le Speyside, où de grands alambics cuivrés distillent le whisky. Pour vivifier notre imaginaire comme notre expérience, nous avons campé au bord d’un sauvage petit loch. Au crépuscule, la luminosité exceptionnelle se reflète sur le loch et projette les formes des arbres environnants. Quelle émotion, au petit matin, d’apercevoir la brume qui s’est agglomérée au-dessus des eaux pures du loch. Quelle émotion de se tenir debout sur un petit rocher au milieu des eaux et de sentir le vent nous caresser doucement la joue. Ici, la paix et la liberté nous étreignent.

 

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La salle de dégustation du whisky Aberlour.

 

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Speyside Cooperage.

 

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Le Loch Mohr, non loin du Loch Ness.

 

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Lever du jour au Loch Mohr.

 

Puis, le Nord était vraiment là, dans toute sa nature sauvage et sincère. Depuis Helmsdale, nous remontons la rivière qui s’écoule paisiblement, au milieu de forêts touffues, ponctuées de végétaux violets qui donnent une dimension impressionniste à ces contrées reculées. Des moutons broutent paisiblement et viennent nous saluer sur la route. L’émotion me gagne, la tentation du vide me saisit. Ici, je me sens petit mais vivant. Les routes à une seule voie réduisent l’empreinte humaine. Nous traversons des zones désertiques où le vent, les lochs et les hautes collines dissuadent toute installation. C’est précisément cette force brute qui nous happe et nous éreinte. Être confronté à une telle puissance fatigue considérablement. Ici, la roche se détache périodiquement de l’herbe, que des fleurs filandreuses parsèment de blanc. Le paysage est tout à fait bosselé, ce qui fait qu’il est difficile de saisir à l’œil nu un ensemble, si tant est que cela existe. Ici, tout semble continu, infini. En découle certainement un mystère, une âme insaisissable et pourtant omniprésente. Les quelques voitures croisées nous rappellent à l’humanité comme si l’on nous tirait d’un étrange rêve, en même temps qu’il est amusant de croiser quelqu’un dans ce désert.

 

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Entre Helmsdale et Durness.

 

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J’eus la forte impression que nous approchions de la fin du monde connu. Progressivement, tout orgueil est abandonné, hormis peut-être celui de s’enfoncer toujours plus dans ces contrées, de relever ce défi. On éprouve l’ancienneté de ces lieux immémoriaux. Puis, la route mène à Tongue, qui fait office de base à l’exploration des environs. Il est amusant d’apprendre que cette « ville » n’est peuplée que de 500 habitants. Nous faisions alors face aux flots, depuis de hautes falaises. Nous devions passer la nuit à Durness, et avons pour ce faire emprunté la belle route du Kyle of Tongue. Nous nous sommes arrêtés par la suite à Rhispond Bay, pour une vue d’anthologie. La plage est de sable blanc, les reliefs sont verdoyants et irréguliers. L’air marin est pur et emplit nos narines, la brise ondule nos cheveux. Quelques courageux surfeurs s’attaquent aux vagues.

 

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Rhispond Bay

 

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Le Smoo Cave Hotel Pub, le dernier avant la fin du monde.

 

Le lendemain, nous avons bien dû repartir vers le sud. Les distances redeviennent humaines. Les paysages deviennent plus verts et hospitaliers. Nous avons joint Kylesku et Lochinver en passant par la côte. Les paysages y sont vraiment bucoliques : vallonnés, arborés, avec des petits ruisseaux et cascades alimentant des lochs paresseux et endormis. D’ailleurs, nous avons déjeuné face à un petit loch, très beau et calme, à Drumbeg, d’une bonne assiette fraîche, composée à l’épicerie. J’ai senti à ce moment, une nouvelle fois, que nous avions beaucoup de chance. Nous avons repris la route et terminé la boucle, non sans préalablement aller payer nos respects au phare de Stoer, jaune et blanc, perché en haut des falaises.

 

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Le phare de Stoer.

 

Ensuite, nous avons longé les apaisantes berges du loch Assynt. L’eau bruisse doucement, un léger vent soufflait et rafraichissait l’atmosphère, tandis que les éternelles brumes ornaient les hauts reliefs environnants. Nous nous sommes arrêtés pour marcher autour du romantique Ardvreck Castle. Il s’étend sur une petite île accessible à marée basse. Du naguère imposant donjon, siège du clan MacLean, il ne reste qu’une tour en ruine. Cependant, une aura et une tristesse se dégagent du lieu.

 

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Ardvreck Castle.

 

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Entre Ullapool et Gairloch.

 

Plusieurs jours plus tard, à Mull, nous avons roulé sur une route à couper le souffle. Elle surplombe la mer par les falaises, desquelles on voit les flots houleux, la brume. Un moment fort. Après une accalmie, nous avons vu une très belle plage de sable blanc.

 

Puis, Inveraray. Nous avons découvert le superbe George. Ce restaurant-auberge a été un gros coup de cœur pour tout le monde. Il tenait un peu du Poney Fringant. Fondé à la fin du XVIIIe siècle, il a de bas plafonds, ornés d’armoiries, tout boisés avec des lumières ajoutant au clair-obscur de la pièce. Mais, si nous étions à Inveraray, c’était surtout pour le splendide château des ducs d’Argyll, également chefs du clan Campbell. Le château est construit à quelques mètres du loch Fynne, et au milieu d’un grand parc. De forme carrée, il est flanqué de quatre tourelles. De couleur grise, il n’a pas de fonction défensive, et tient plus de la somptuosité d’un palais. Les salles sont habillées de tapisseries de Beauvais, de meubles Louis XV, d’une argenterie splendide et fine. Dans une tourelle, j’ai vu une des plus belles vaisselles de ma vie : des porcelaines chinoises, des faïences, et de magnifiques assiettes violettes aux reflets d’or. Les sauciers sont des métaux les plus précieux et brillants. Les banquets et réceptions devaient être majestueux ! Nous sommes passés par l’impressionnante salle d’armes, qui en contient près de 1 300 (hallebardes, mousquets, poignards, dagues, fleurets…) et dont la hauteur de plafond est vertigineuse. Nous avons poursuivi par la visite des étages, où l’histoire des ducs et du clan était retracée. Les ducs d’Argyll ont leur propre navire, des unités militaires éponymes, un arbre généalogique vigoureux, etc.

 

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Le château d’Inveraray.

 

C’est par Glasgow que notre voyage en Ecosse s’est achevé. On sent à Glasgow une énergie créatrice : nombreux pubs, bar branchés, galeries d’art, zones piétonnes, ou encore quartiers futuristes, comme Clydeside où se succèdent structures en verre, bulbes en aluminium et ponts audacieux. Au Pot Still, des centaines de bouteilles s’échelonnent sur un meuble en bois sombre. Le « bartender », longue barbe et kilt, a sauté sur le bar pour me présenter fièrement ses deux bouteilles de Port Charlotte. A la sandwicherie « Where the monkey sleeps », on retrouve l’aspect rock’n’roll de Glasgow : à l’entresol d’un immeuble victorien, on s’assoit dans de gros fauteuils et canapés en cuir rouge, de la musique résonne dans nos oreilles et on croque des paninis au haggis (plat traditionnel écossais consistant en une panse de brebis farcie).

 

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Glasgow, quartier de Clydeside. Photo prise par Robert Brown (Flickr).

 

Quelques heures plus tard, nous entrions la voiture avec Douvres comme destination. Là-bas, nous devions y prendre le ferry pour notre douce France. Sur le chemin du retour, les souvenirs commençaient déjà à s’embellir dans notre esprit. La mélancolie s’immisçait. Après un tel séjour, nous ne serons plus jamais les mêmes.

A propos Sacha Bianovici

Etudiant à l'EDHEC Business School. Passionné d'histoire, de politique, d'économie, et de voyages.

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