Ce qui manque, c’est une vision…

C’est l’heure de la rentrée pour Claim Your Ideas ! Au moment d’écrire ce premier article pour la saison 2016 / 2017, on ne peut que remarquer la forte actualité politique entre, les élections présidentielles américaines en novembre 2016 et les élections françaises en mai 2017. Pas un jour ne passe sans qu’il ne soit question du meeting de tel homme politique ou de la dernière sortie médiatique de tel autre, sans compter la profusion de sondages en tout genre. Il est intéressant de noter qu’aucun candidat, américain ou français, n’arrive à tirer son épingle du jeu, avec pour conséquence directe des élections très ouvertes. Même si les contextes et les cultures sont différents, la cause de cette situation semble être la même des deux côtés de l’Atlantique : l’absence de « vision ».

 

Trump vs. Clinton, un bon exemple

 

Commençons tout d’abord par l’élection présidentielle américaine, qui oppose le républicain Donald Trump à la candidate démocrate, Hillary Clinton. Pas besoin de les présenter plus en détail tant cette élection semble intéresser le monde entier. Les dispositifs mis en place par les différentes chaines de télévision pour couvrir le premier débat en sont une bonne preuve.

Cette élection est intéressante car, au-delà du traditionnel affrontement entre les candidats des 2 parties, on assiste à un véritable choc des styles. D’un côté, Donald Trump a fondé toute sa campagne sur son personnage et sur la provocation. Il n’hésite pas à pratiquer le trashtalk comme pouvait le faire Kevin Garnett (dont on ne peut que regretter le départ en retraite) sur les parquets de la NBA. De l’autre côté, Hillary Clinton mise tout sur sa connaissance minutieuse des dossiers et sur son expérience, notamment en tant que secrétaire d’Etat (lors du premier mandat du président Obama).

 

Les sondages serrés entre les 2 candidats montrent une chose : aucun ne réussit à réellement se détacher, à convaincre une majorité. Si Donald Trump attire une partie des américains grâce à ses positions et à sa « fraicheur », il fait aussi l’objet d’un profond rejet d’une autre partie de l’électorat américain pour les mêmes raisons que celles qui font son succès. Bien sûr, Hillary Clinton profite de ce rejet mais il est tellement fort que la candidate démocrate devrait être largement en tête dans les sondages. Or, plus l’élection approche, plus sa côte de popularité semble chuter. Il faut dire que l’ancienne sénatrice doit affronter plusieurs problèmes : l’affaire des emails à l’époque où elle était secrétaire d’Etat, le flou autour des liens entre la fondation Clinton et sa campagne ainsi que ses ennuis de santé. Mais, au fond, ce qui manque réellement à la campagne des deux candidats et en particulier à celle d’Hillary Clinton, c’est de proposer une vision. Pour être plus précis, une vision à laquelle une grande majorité des électeurs peut s’identifier. Il s’agit de proposer aux électeurs quelque chose qui dépassent le cadre partisan, qui permet le rassemblement.

 

Barack Obama, lors de sa campagne pour la conquête de la Maison Blanche en 2008, avait réussi à proposer cette vision. Cette vision s’incarnait dans son fameux « Yes We Can », qui donnait l’idée d’un monde où tout était à nouveau possible, idée qui correspond si bien à la mentalité américaine. Elle était déjà présente en 2004 lors de la convention démocrate de Boston (perceptible dans « There is not a liberal America and a conservative America – there is the United States of America »). Barack Obama l’a réaffirmé en 2007 dans L’audace d’espérer : Un nouveau rêve américain. Il ne fait pas de doute que cette vision a été un élément clé dans la victoire du sénateur de l’Illinois. Certes, la vision peut sembler un peu banale et quelconque mais elle est d’autant plus forte qu’elle est doublée d’un espoir. Une vision, même basique, est très efficace quand elle permet de rassembler les électeurs et de leur donner un espoir (espoir du changement, d’un futur meilleur, …). Il ne faut pas penser que cette idée de la vision ne s’applique qu’aux Etats-Unis du fait de leur culture spécifique, cette analyse a tout autant de pertinence en France.

 

Nicolas Sarkozy et Bruno Le Maire, deux exemples de l’absence de vision

 

Je tiens tout d’abord à préciser qu’en aucun cas, il s’agit d’une attaque contre ces deux candidats. A mon sens, aucun candidat, aussi bien de droite que de gauche, ne propose aujourd’hui aux électeurs une véritable vision à laquelle ils peuvent tous s’identifier. Si j’ai choisi de prendre les exemples de Bruno Le Maire et de Nicolas Sarkozy, c’est parce qu’ils ont choisi des stratégies différentes.

Intéressons-nous dans un premier temps à Nicolas Sarkozy, qui a décidé de réutiliser sa recette habituelle – activité incessante et petites phrases savamment distillées (dont la dernière en date est « dès qu’on devient français, on devient gaulois ») – pour dicter le rythme de cette nouvelle campagne. La phrase choc est, il est vrai, une marque de fabrique chez le candidat à la primaire des Républicains. En 2005, tout le monde se souvient de son « on va nettoyer au karcher la cité ». Pourtant, en 2007, les deux phrases clés de sa campagne ne sont pas des phrases chocs – « Ensemble tout devient possible » et « Travailler plus pour gagner plus ». Elles ne sont pas clivantes et n’ont pas créé la polémique (par rapport aux autres sorties de Nicolas Sarkozy). Leur force est de représenter une vision à laquelle tout le monde peut s’identifier facilement car elle porte deux valeurs fortes, le rassemblement et le travail. Bien sûr, il n’est pas possible, comme pour Barack Obama, de résumer son succès à deux slogans mais il ne faut pas sous-estimer l’importance dans l’élection de la vision que ces derniers ont sous-tendu. En 2007, son activité incessante a été une clé de son succès, ce qu’il semble vouloir réutiliser en 2017 mais il ne doit pas oublier l’essentiel : offrir une vision, un espoir…

 

Bruno Le Maire, lui, ne dégaine pas de petites phrases. Il fait le choix d’une campagne totalement différente comme en atteste la publication d’un « contrat présidentiel ». Concrètement, il s’agit d’un document de 1000 pages dont le concept est « tout dire avant pour tout faire après ». Si l’idée est séduisante sur le papier, le résultat final présente quelques limites (que les décodeurs du Monde ont analysés). On trouve également dans cet article une citation intéressante de Bruno Le Maire :

Pourquoi ce contrat de 1 000 pages ? Parce que les Français en ont assez de ces politiques qui développent leurs grandes idées pour la France la main sur le cœur et ne font rien une fois au pouvoir

Il est vrai que les citoyens n’ont plus confiance à cause des belles promesses non tenues et des « grandes idées » qui sont vite oubliées le lendemain de l’élection. Le problème n’est pas le fait d’avoir de « grandes idées » mais de ne pas les incarner une fois au pouvoir. Un catalogue de mesures ne peut remplacer une vision, il en est par contre le parfait complément. Car c’est la vision, les « grandes idées » qui font le lien entre les propositions et qui crée un engouement chez les électeurs. Le détail technique de la réduction du déficit ne créera jamais d’élan chez l’électeur, partager une vision oui.

 

Proposer une vision n’est qu’une première étape

 

Vous l’aurez compris définir cette « vision » dont je parle depuis le début de l’article n’est pas une chose aisée. D’ailleurs, ce terme de « vision » ne me convient guère mais je n’ai pas trouvé mieux. La caractéristique principale d’une « vision » est qu’elle puisse être partagé par un large panorama d’électeurs. C’est d’ailleurs là tout le problème : les candidats actuels proposent bien une vision aux électeurs mais elle n’est pas assez rassembleuse. Elle ne peut être souvent partagée que par les électeurs du parti du candidat. Pourquoi de plus en plus d’électeurs de gauche réfléchissent à voter au primaire de la droite et du centre ? Parce qu’en cas de nouveau « 21 avril », ils veulent pouvoir voter pour un candidat qui propose une vision à laquelle ils adhèrent.

 

Les autres éléments notables sont que souvent la « vision » va souvent s’incarner dans un slogan simple mais particulièrement efficace et qu’elle est porteuse d’espoir. Mais, si offrir une vision partagée par un large spectre d’électeurs est un gage de réussite pour une élection, il y a une lourde contrepartie : il faut mettre en œuvre cette vision une fois élu. Car proposer une vision à laquelle les citoyens s’identifient va créer en eux une forte attente. Aussi, la déception et le rejet seront très importants en cas d’échec. Cela se perçoit d’ailleurs bien dans l’échec de Nicolas Sarkozy en 2012 : les déçus du « Travailler plus pour gagner plus » étaient trop nombreux. Nicolas Sarkozy a même semblé, pour beaucoup, faire le contraire de ce qu’il avait prôné en 2007, c’est-à-dire réunir et récompenser le travail. Encore une fois, résumer l’échec de l’ancien maire de Neuilly à une question de « vision » serait trop simplificateur mais ignorer cet élément serait une erreur. Barack Obama a, lui, été plus fidèle à son « Yes We Can » avec par exemple le vote de l’Affordable Care Act malgré la farouche opposition des républicains ou le vote du Dodge-Franck Act. Il a ainsi montré que ses Etats-Unis pouvait réaliser des choses impensables comme l’adoption d’une loi sur la protection sociale. Même Bill Clinton avait dû y renoncer en 1993. Toutefois, une part de l’électorat du président Obama est déçu car ils estiment que le changement prôné est insuffisant.

 

Maintenant, il ne nous reste plus qu’à scruter les prochaines semaines de campagne en espérant qu’un candidat fasse le choix, au-delà de son projet, de proposer une véritable vision…

 

Photo : Gage Skidmore – Flickr (licence)

A propos Adrien Dorel

Fondateur de Claim Your Ideas - Etudiant à l'EDHEC & membre de Develop EDHEC Social Business

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