Débat n°1 : Mon ressenti général

Décevant, c’est ce que je retiendrais de ce premier débat. Pourtant, il a permis d’éclairer certaines nuances et même quelques divergences. Non, ce débat ne m’a pas déçu sur le fond, ni particulièrement transcendé non plus, il m’a déçu sur la forme, sur la pertinence des questions posées, sur la qualité des interviewers …

 

En effet à l’instar d’un Pujadas, les trois interviewers Gilles Bouleau (TF1), Elizabeth Matichoux (RTL) et Alexis Brézet (Le Figaro) sont bien restés dans leur script, préférant l’action à la réaction et coupant dans leur élan tous les candidats voulant réagir. A tel point que j’avais l’impression d’être devant une pièce de théâtre plutôt que devant un débat. Le problème d’un débat aussi millimétré est qu’au lieu d’être face à un débat entre les candidats de la droite et du centre, vous êtes devant sept interviews distinctes où chaque intervenant déclame son programme indépendamment des autres.

 

Déçu aussi par le format choisi qui empêche là aussi le débat : une minute par réponse et trente secondes par réaction, le candidat n’est pas encouragé à réagir puisqu’il bénéficie d’un temps inférieur au premier interlocuteur.

 

Enfin, déçu par certaines questions notamment sur la transparence et l’intégrité en politique qui n’a permis que d’enfoncer des portes ouvertes. A la surprise générale, tous les candidats étaient pour la transparence et l’intégrité des hommes politiques *ironie* ! De plus, on sait très bien à quoi servait cette question : on attendait des attaques contre Juppé, Sarkozy et Copé, qui n’ont heureusement pas eu lieu. Seul Bruno Le Maire n’a pu s’empêcher de ressortir son couplet sur le renouveau : « si vous voulez que rien ne change, vous avez l’embarras du choix sur ce plateau ».

 

J’aimerais maintenant vous présenter mon bulletin de note de ce débat, je ne noterais pas les idées mais la prestation des candidats.

 

Bruno Lemaire : 5/10, une prestation bien terne, il faut dire que j’en attendais énormément de sa part. Sur le terrain depuis plusieurs mois, multipliant les coups de communication, il a été hier soir peu convaincant. Il s’est auto-hypnotisé avec son refrain sur le renouveau qu’il a récité tout au long de la soirée. Pour quelqu’un qui se vante d’avoir un programme de 1000 pages, il est triste d’en ressortir seulement quelques lignes. Il a été cependant plutôt incisif notamment face à Juppé sur les sujets d’identités.

 

Alain Juppé : 7/10, fidèle à son style. On s’y attendait avec son statut de favori, Alain Juppé est resté globalement au-dessus du débat, rassembleur, au point d’être parfois un peu trop effacé. Il n’a pris aucun risque laissant couler les débats et y répondant dans son calme habituel dans un deuxième temps. Il aura également été le plus précis, celui qui a sorti le plus de chiffres sur la partie économie. On aura eu hier soir affaire à professeur Juppé, attention cependant car à refuser le combat il pourrait bien y perdre sa place.

 

Nathalie Kosciusko-Morizet : 5/10, entreprenante mais inefficace. Entreprenante car elle a su se présenter dans les idées comme la candidate du renouveau voulant remettre à plat le système des retraites mais aussi le système des impôts… en clair plus aucun système n’est adapté à la conjoncture actuelle. Elle était donc très différente de ces concurrents dans les idées, pourtant elle est passé complètement inaperçu. Les autres candidats ne réagissant pas une seule fois à ses idées et elle ne réagissant pas assez à celle des autres, elle n’a, à mon avis, pas assez tiré profit de sa différence et aurait dû plus la pointer du doigt.

 

Nicolas Sarkozy : 4/10, c’est pour moi le grand perdant de ce débat. Du Sarkozy dans le langage qui gâche parfois de beaux effets d’annonce. Du Sarkozy aussi dans l’attitude qui réagit à toute vitesse à chaque agression et répond de manière condescendante, notamment face à Copé pour la paternité de la loi sur la burqa. Indépendamment de lui, il a subi les foudres de nombreux candidats tel que Copé dès sa première intervention ou encore Le Maire sur le sujet d’intégrité.

 

Jean-François Copé : 6/10, très offensif et à l’initiative, il est celui qui a le plus créé le débat. Dès sa première prise de parole, il accable le Président Sarkozy et ses ministres de ne pas avoir su faire les réformes qu’ils proposent durant le quinquennat 2007-12. Il reste malgré tout, depuis l’affaire Bygmalion, coincé dans son rôle de victime, d’homme qui a appris de ses erreurs et aura du mal à s’extirper de ses mauvais résultats dans les sondages, résultant d’une mauvaise image auprès des français.

 

François Fillon : 7/10, même constat que pour A. Juppé, il s’est posé en force tranquille durant ce débat. Il a su s’imposer dans la partie sécurité en se présentant comme un candidat radical et sans compromis sur les questions sécuritaires, piquant ainsi le rôle d’un Sarkozy mitigé. Seul petit bémol : son altercation avec Copé pour la récupération de la paternité de la loi sur la burqa dans les lieux publics.

 

Jean-Frédéric Poisson : 8/10, la révélation. Hésitant lors de sa présentation, il est monté en puissance tout au long du débat. Pertinent sur les questions économiques et rivalisant avec les autres sur les questions identitaires.  L’apogée de son débat, selon moi, se trouve sur les questions d’identité où il a su contourner le concept d’assimilation et ainsi se distinguer des autres. Il est vrai qu’il est plus facile d’exceller dans un débat quand on a les idées les plus divergentes envers les 6 autres candidats.

 

 

Voilà ceci était mon premier ressenti, il est subjectif et n’engage que moi, je ferais dans les jours qui suivent des articles plus objectifs sur ces débats notamment sur les positions économiques et sécuritaires des candidats.

 

En attendant un débat sur l’éducation …

 

Vincent Besnard – Contributeur CYI

 

Photo : UMP Photos – Flickr (licence)

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