Donald Trump, source de danger pour l’économie américaine

Chaque mise à jour par le FMI des perspectives de l’économie mondiale est très attendue par l’ensemble des acteurs économiques. En effet, il s’agit d’un baromètre important. La dernière mise à jour a été publiée il y a quelques jours et force est de constater que les nouvelles sont plutôt positives. Après avoir été de 3,2% en 2016, la croissance de l’économie mondiale devrait être de 3,5% en 2017 et de 3,6% en 2018. Les prévisions pour la Zone Euro ont même été relevées. Mais, au milieu de ces bons résultats, 2 pays ont vu leur situation se dégrader : le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

La croissance américaine ne devrait être que de 2,1% en 2017 et en 2018 alors que les prévisions d’avril dernier tablaient respectivement sur 2,3% et 2,5%. La raison invoquée par le FMI est une politique budgétaire qui devrait être moins expansionniste qu’attendue. Lors de la campagne présidentielle, Donald Trump avait annoncé d’importantes réductions d’impôts et une grande politique d’investissement dans les infrastructures. L’ensemble de ses mesures devait créer 25M d’emplois sur 10 ans et offrir une croissance de 4% par an. Il semblerait toutefois que le plan du président américain ne se déroule pas comme prévu…

 

Le programme économique du candidat Trump

 

Célèbre homme d’affaire, Donald Trump n’a pas hésité à faire de sa réussite personnelle (réussite toute relative selon certains au passage) un argument majeur de sa candidature quand il était question d’économie. C’était même son principal argument : selon lui, un homme qui sait gérer sa fortune est compétent pour gérer les finances d’un pays. Cette croyance absurde est malheureusement toujours assez fortement ancrée. Imaginez le champion du monde de BMX en titre proclamer qu’il allait gagner le prochain Tour de France. Cela ferait rire tout le monde. Certes, le BMX et le cyclisme sur route ont des éléments communs mais sont tout de même 2 disciplines très différentes.

Pour le reste, hormis quelques mesures phares, la campagne de Donald Trump s’est résumée à lâcher quelques petites phrases, à l’image de ce qu’il a fait pour tous les sujets abordés. Il a, par exemple, déclaré qu’il irait négocier avec les créanciers pour régler la question de la dette.

 

Mais penchons-nous plutôt sur les quelques mesures annoncées par Donald Trump. Il est facile de les décomposer en 3 parties :

  • Baisse des impôts
  • Renégociation des traités commerciaux
  • Investissement dans les infrastructures

Sans surprise, Donald Trump souhaite à la fois réduire l’impôt sur les sociétés, qui serait de 15% contre 35% aujourd’hui, et l’impôt sur le revenu. Pour ce dernier, il souhaite réduire le nombre de tranche à 3 (contre 7 actuellement) et faire passer le taux d’imposition de la tranche supérieure à 33% (contre 39,6%). Par ailleurs, le républicain souhaite la suppression de l’impôts sur la succession. Concernant le commerce extérieur, le programme est simple : renégociation de l’ALENA, retrait du Partenariat TransPacifique (TPP) et mis en place de droits de douane sur les importations de certains pays comme la Chine ou le Mexique. Pour remédier au problème réel des infrastructures, Donald Trump propose un ambitieux plan d’investissement de 1000Mds de dollars avec notamment des Partenariats Public Privé (PPP) et des abattements fiscaux. Enfin, le président américain veut le démantèlement de deux lois emblématiques de la présidence Obama : le Dodd-Frank Act et l’Obamacare.

 

Un malade qui ne l’est pas vraiment…

 

Le programme économique de celui qui a choisi comme slogan de campagne « Make America Great Again » laisse supposer que l’économie américaine est plutôt mal en point. Mais, est-ce vraiment pas le cas ? Non, pas vraiment. Lors de la dernière réunion du Federal Open Market Committee (qui est en charge de la politique monétaire américaine), le tableau dressé de l’économie américaine est plutôt positif. Le communiqué rapporte une croissance certes modérée et une consolidation du marché du travail. La seule source d’inquiétude de la Fed est actuellement la faiblesse de l’inflation. Elle va même suivre de très près son évolution dans les prochains mois (la stabilité des prix étant un des objectifs principaux de la Fed). S’il était nécessaire de « Make American Economy Great Again » en 2008 lors de l’arrivée de Barack Obama au pouvoir, aujourd’hui cela semble donc être moins le cas. En effet, en 8 ans, la pauvreté a diminué, le revenu moyen a augmenté et 10M d’emplois ont été créés dans le secteur privé. Certes, tout n’est pas parfait. La croissance des salaires reste faible, par exemple. Mais, encore une fois, la situation est bien meilleure.

Dans ce contexte, la grande relance budgétaire proposée par Donald Trump n’a aucun sens. Les multiples baisses d’impôts promises vont conduire à un important déficit budgétaire. Le président américain a expliqué que cette politique serait neutre budgétairement parlant car il y aurait des gains de croissance.  Selon Florence Pisani, il faudrait 3,5% de croissance annuelle sur 10 ans pour que ce soit le cas. Ce qui semble hautement improbable.

 

D’autant plus que Donald Trump s’échine à lutter contre des mesures qui ont été prises pour prévenir de nouvelles crises comme le Dodd-Frank Act. Loi de régulation financière la plus importante depuis les années 1930, elle impose notamment aux banques des niveaux de capitaux plus importants ainsi que la rédaction d’un testament bancaire. L’idée du testament bancaire vient tout droit de la faillite de Lehman Brothers. A travers les différentes mesures qu’il compte mettre en œuvre, Donald Trump nous montre qu’il ne comprend rien à l’économie. Selon lui, les baisses d’impôts pour les personnes les plus aisées vont créer de la croissance grâce à un phénomène de ruissèlement (« Trickle down »). Grossièrement, l’idée est que les personnes les plus riches ayant un revenu plus conséquent grâce à la baisse des impôts vont investir plus et donc créer des emplois. Les années 2000 ont montré que cette idée était fausse (ou du moins que l’effet ne jouait plus à partir d’un moment) : alors que le revenu des 1% les plus riches a fortement augmenté, les effets sur la croissance ont été quasi-nuls.

 

Un docteur nocif

 

L’image qui me vient en voyant Donald Trump est celle des médecins dans les pièces de Molière : des charlatans qui font plus de mal qu’ils ne guérissent. Cependant, certains ne semblent pas partager mon point de vue. Les marchés financiers, par exemple, semblent plutôt se réjouir de l’élection de Donald Trump. Depuis l’élection du candidat républicain, le Dow Jones se porte très bien. Il faut dire que de leur point de vue, il n’y a pas mieux que le programme de Donald Trump : moins d’impôts et de régulation. Concernant la régulation, il est triste de constater que ces personnes n’ont pas tiré les conséquences de la crise de 2008.  Mais, ce qui est étonnant de façon générale, c’est qu’elles fassent confiance à Donald Trump sur les questions économiques. En finance, la notion de risque est proche de celle d’incertitude. Or, personne ne crée plus d’incertitudes que cet homme capable de déclarer une chose et le lendemain son contraire. Est-ce vraiment souhaitable d’avoir un président qui d’un simple tweet fait perdre plusieurs millions de capitalisation boursière à des entreprises ? Mais, au-delà même de la finance, l’incertitude a des conséquences sur l’économie réelle. Dans une perspective keynésienne, la production est déterminée par les anticipations des entreprises de la demande anticipée. Il est moins aisé d’anticiper quand l’incertitude se fait plus forte que d’habitude. Les premières conséquences se font déjà sentir avec la révision du FMI de ses prévisions de croissance pour les Etats-Unis.

 

Heureusement, la capacité de Donald Trump est plus limitée que ce que l’on aurait pu penser avec des majorités républicaines au Sénat et à la Chambre des Représentants. Preuve en est les difficultés rencontrées pour démanteler l’Obamacare. Le rejet de cette loi fait pourtant consensus au sein des Républicains, qui ne rêvent que du moment où ils pourront l’abroger depuis qu’elle a été adoptée. Imaginez le moment où il sera question de la réforme fiscale proposée par l’administration Trump quand on sait que pour les républicains, l’équilibre budgétaire est primordial. Si on peut ainsi espérer que certaines mesures soient rejetées, ce ne sera pas le cas de toutes. En juin, la Chambre des Représentants a voté le « Financial Choice Act », qui réduit le nombre de stress-tests effectués par la Fed., premier coup porté à la régulation financière

 


Qu’est-ce qu’un stress-test ?

Un stress-test est une simulation qui a pour but de mesurer la capacité de résistance des institutions financières si elles étaient confrontées à des conditions économiques et financières extrêmes. Deux scénarios sont mis au point. Le premier, dit scénario « central », reprend les principales prévisions économiques pour les mois à venir. Le second est le scénario « adverse » ou « dégradé » et prévoit un ralentissement fort de la croissance, une hausse du chômage ou une forte chute des marchés boursiers. L’idée est de voir si, dans les deux scénarios, les institutions financières sont en mesure de respecter les exigences prudentielles (ratio de solvabilité, de levier, …).


 

Il apparait très compliqué de prédire la politique économique de Donald Trump dans les prochains. Si, pour le moment, il tente de mettre en œuvre les mesures qu’il avait annoncé pendant la campagne à l’image du « Financial Choice Act » ou du retrait américain du TPP, il va devoir batailler fermement pour les appliquer toutes. Un indice important sur la politique économique suivie par Donald Trump sera donné lors du choix en 2018 du président de la Fed. Le maintien de Janet Yellen, qui jusqu’à récemment subissait les critiques de Donald Trump, serait une preuve de modération.

Plus largement, cette décision sera d’ailleurs suivie partout dans le monde car il ne faut pas oublier qu’à l’heure des économies mondialisées, les décisions prises outre-Atlantique ont des conséquences internationales. Donald Trump a beau jeu d’accuser certains pays d’une compétition déloyale et de se plaindre quand on voit encore, quasiment 10 après, les conséquences du non-sauvetage de la banque Lehman Brothers dans le monde entier…

 

Photo : geralt – Pixabay

 

Source :

  • The Fed
  • Le FMI
  • Chroniques de Paul Krugman dans le NY Times

A propos Adrien Dorel

Fondateur de Claim Your Ideas - Etudiant à l'EDHEC & membre de Develop EDHEC Social Business

2 réflexions au sujet de « Donald Trump, source de danger pour l’économie américaine »

  1. Oui, un gars qui ne s’y connaît pas en économie… plus qu’un médecin de Molière j’y vois surtout un canard qui se fait conseiller et influencer par les plus riches pour aller dans le sens de leurs intérêts, et qui ensuite en tire profit personnellement. Aucune vision à court ou long terme, c’est une pluie de paillettes d’un homme qui se pense tout puissant.

    C’est pas grave. Ca laisse la place à d’autres pays de prendre le relai. Qui croit encore à la suprématie américaine ?
    Joli article à ce propos 🙂 🙂

    1. Je pense que personne ne croit à la suprématie américaine mais cela n’empêche qu’ils jouent toujours un rôle central. On ne peut nier qu’une décision prise aux Etats-Unis peut avoir de très sérieuses conséquences sur le reste du monde, notamment du point de vue économique du fait de la mondialisation. C’est, par exemple, le cas de la décision de laisser Lehman Brothers faire faillite (pour faire un exemple).
      Merci pour le compliment !

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