Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants

Il y a des familles où papa tape maman.

Il y a des familles où maman trompe papa.

Il y a des familles où papa est alcoolique, et des familles où maman est droguée.

Il y a des familles où maman est incarcérée et des familles où papa est interné.

Il y a des familles où papa est en réunion de 7h le matin à 22h le soir et des familles où maman est en voyage d’affaires 250 jours par an.

Il y a des familles où maman est partie refaire sa vie de l’autre côté du monde et des familles où papa ne rentre à la maison qu’un week-end sur deux, parce qu’il travaille très loin.

Il y a des papas veufs qui élèvent seuls leurs enfants.

Il y a des mamans veuves qui élèvent seules leurs enfants.

Certains enfants sont élevés par leur nourrice, d’autres par leurs grands parents, leurs beaux parents, leur tuteur, leur grand frère ou encore leurs parents adoptifs…

Il existe mille raisons, autres que l’homosexualité, qui font que certains enfants grandissent sans père ou sans mère.

 

Et ce n’est pas le mal du siècle… On pourrait parler des mères qui mouraient en couche et des pères qui mouraient au combat. On pourrait parler des filles de 14 ans mariées à des hommes de 40 ans, et qui devenaient mère avant même d’être sorties de la puberté. On pourrait parler de la noblesse qui confiait ses petits à une armée de nourrices et de précepteurs pour profiter librement de la fête permanente à la cour du roi. On pourrait parler des démunis qui faisaient le choix d’abandonner leurs nouveaux nés aux portes des couvents dans l’espoir de leur offrir une vie meilleure.

 

Il y a des mères qui cachent 8 grossesses à leur entourage et qui étouffent les 8 nouveaux nés immédiatement après les avoir mis au monde, seules, avec seulement une poubelle et des serviettes de bain1. Il y a des pères qui tuent femme et enfants et qui enterrent le tout sous la terrasse2.

 

Vous savez que je n’invente rien. Vous savez que Walt Disney a brouillé les perspectives en changeant la fin des contes d’Andersen et des frères Grimm. Ils ne vivront pas tous heureux, et ils n’auront pas tous beaucoup d’enfants. Nous ne vivons pas au pays des licornes et des arcs en ciel.

 

La jolie famille, avec un papa, une maman, une petite fille et un petit garçon devant une maison carrée au toit rouge sous un soleil jaune n’est pas la norme. Cette famille là est rare, si rare… Sommes-nous tous des enfants déséquilibrés, traumatisés, pour autant?

 

Et pourtant, il existe de jolies familles où papa aime maman, maman aime papa, et le couple aime ses enfants. Il existe aussi de jolies familles où papa aime papa et où papa a donné son sperme à une dame pour que le couple puisse, lui aussi, aimer ses enfants.

 

Dans le débat public, les mots employés par certains lorsqu’il est question de GPA sont à vous glacer d’effroi. On parle de trafic d’enfants, de traite des humains, de marché des bébés… L’argument est unique, il tourne en boucle et se reformule à souhait. Si on prend le sujet par un angle juridique, il suffit de dire que l’article 3 de la Charte des droits fondamentaux de l’Union Européenne affirme que le corps humain ne peut être commercialisé.

 

Fair enough, diraient nos voisins britanniques. Ces derniers ont donc légalisé la GPA3 tout en anéantissant le grand argument des « anti » : puisque la commercialisation du corps pose de graves problèmes éthiques, il faut interdire aux femmes de louer leur ventre.

 

On a interdit aux êtres humains de vendre leur sang ou leur rein. Par contre, on leur a permis d’en faire don, gracieusement.

Qu’à cela ne tienne, les anglais ont légalisés la GPA à condition que les mères porteuses, les mères biologiques, les génitrices – appelez-les comme vous voudrez – ne soient pas rémunérées. La GPA à titre gracieux… Pas de marché du bébé, pas de location de ventre, pas de trafic d’enfants, pas de monétisation du corps de la femme. Juste une femme consentante qui offre la possibilité à d’autres de devenir parents. Le don de soi.

 

Lorsqu’elle entend l’expression « droit à l’enfant », ma professeure de droit de la famille parle de « perversion des droits fondamentaux », elle n’a peut être pas tort sur ce point. Moi, je parlerai plutôt d’amour.

 

Si deux êtres humains s’aiment au point de vouloir fonder un foyer. S’ils débordent d’amour l’un envers l’autre, au point de vouloir aimer ensemble un enfant, qu’à cela ne tienne. Au moins une chose sera certaine : aucun enfant né de GPA ne naîtra sans avoir été désiré. Pour ces couples-là, impossible de « tomber enceinte » par accident. Jamais aucun enfant né d’une GPA ne sera le fruit du hasard, d’un coup de tête, d’un oubli de pilule ou d’un préservatif percé, parce qu’en légalisant la GPA, on imposera aux couples un processus long et complexe, avec des enquêtes sur les motivations des époux, sur leur état psychologique et sur leur capacité à assumer la charge d’un enfant.

 

En légalisant la GPA avec des conditions très strictes, on s’assurera que chaque enfant né par GPA sera le fruit de l’amour, et de l’amour uniquement.

 

L’autre grande peur des anti, c’est que les enfants ne comprennent pas d’où ils viennent. Certes, cette discussion là va être laborieuse. Mais vous pensez sincèrement que vous étiez plus claire, avec vos histoires de choux, de roses et de cigognes? Comme tous les parents du monde, les parents, homosexuels ou non, attendront que leur enfant soit en âge de comprendre comment on fait des bébés pour leur expliquer.

 

Quelle que soit la situation familiale, la seule, l’unique condition pour qu’un enfant grandisse dans le bonheur, c’est qu’il soit entouré d’amour.

 

1 : Affaire de l’octuple infanticide ou affaire Cottrez (Cour d’assise du Nord, jugement rendu le 2 juillet 2015)

2 : Affaire de la tuerie de Nantes ou affaire Dupont de Ligonnès (jamais jugée en raison de la disparition du père)

3 : Surrogacy Arrangements Act (16 juillet 1985)

 

Découvrez un avis opposé : « Réjouis-toi, toi qui n’enfantais point ! »

 

Photo : Gwendoline Knybühler

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