« Je suis complexe, je suis Français »

Ces dernières semaines, plusieurs amis m’ont demandé mon avis sur la campagne pour l’élection présidentielle. Pour faire court, ma réponse peut facilement se résumer à : « c’est compliqué ». Chaque élection présidentielle est l’occasion de se poser certaines questions fondamentales et de se pencher sur nos aspirations pour l’avenir, nos aspirations en tant que nation : quelle direction souhaitons-nous donner à notre pays ? Or, cette élection s’inscrit dans un contexte particulier tant au niveau national (rejet des partis traditionnels, difficultés économiques, sécurité, …) qu’international (Brexit, élection de Donald Trump, …).

A chaque élection, revient également toujours la même question : celle de l’identité. Qu’est-ce qu’être français ? Cette campagne ne fait pas exception, surtout avec le choix qui nous est proposé ce dimanche.

 

« Complexité Française »

 

C’est en réécoutant le morceau « Complexité Française » de Disiz La Peste (avec Simon Buret), il y a quelques semaines, que l’idée de cet article m’est venue. Enfin revenue pour être plus exact. En effet, le thème de l’identité est très important et on entend malheureusement trop souvent des imbécilités à son sujet. Pour en revenir au morceau, en 6 minutes, le rappeur essonnien (je précise au passage qu’il n’y a pas que Nicolas Dupont-Aignan en Essonne) résume ce que des milliers d’entre nous ressentent : la difficulté de s’identifier comme français.

 

J’bois pas d’pinard, j’aime le fromage

Suis-je à moitié français ?

 

Si les paroles de Disiz peuvent faire sourire, elles posent néanmoins un véritable problème. Trop souvent, nous considérons qu’« être français » revient à remplir un certain nombre de critères. Preuve en est que cette approche a longtemps dominé avec la création sous la présidence de N. Sarkozy d’un Ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, qui devait permettre de définir une identité nationale. Pourtant, l’idée de critères pour définir l’identité est vouée à l’échec car elle occulte toute la diversité des citoyens qui composent la France. Il est quasiment impossible de trouver des critères qui conviendraient à tout le monde ou même à une large majorité.

 

Sur mes papiers, y’a écrit « Français »

Mais, au quotidien, c’est pas tout à fait vrai

Suis-je un banlieusard ou un citadin

Un provincial ou un parisien ?

 

Ce sont par ces mots que débutent le premier couplet de la chanson. Ils sont particulièrement intéressants car ils montrent qu’avant même de pouvoir définir une identité nationale, il n’est pas aisé de définir sa propre identité. Finalement, qui suis-je ? Comment définir une identité commune alors que je n’arrive même pas à définir ma propre identité ? Nous avons tous connu cette impression de ne pas savoir à quelle communauté on appartient. Je suis de banlieue parisienne pourtant je ne partage pas grand-chose avec ce qu’on présente généralement de la banlieue. Par ailleurs, à la difficulté de se définir, s’ajoute le problème de comprendre l’autre, qui a lui aussi dû mal à se définir. Lors de la campagne, chaque candidat se déplace dans toute la France pour justement mieux comprendre la réalité de chacun.

 

Cette idée de la difficulté à trouver sa propre identité est doublement intéressante car elle explique aussi pourquoi certains se raccrochent à un sentiment d’appartenance nationale. Je ne sais pas qui je suis mais je sais que je suis français, c’est écrit, c’est sûr. Alors « être français » devient une sorte de bouée face à l’incertitude de sa propre identité. Et peu importe si la conception de la France qui est défendue est complètement aberrante. La difficulté à se définir va ainsi parfois altérer le jugement.

 

Le passé comme référence ?

 

Souvent, pour définir ce qu’est « être français », nous avons recours au passé, à l’Histoire. « Etre français » serait alors partager une histoire commune débutant avec Vercingétorix et la Gaule, continuant avec les Rois de France puis la Révolution pour progressivement aboutir à la France que nous connaissons aujourd’hui.

 

Sur l’identité nationale, qu’on me corrige

Mais mes ancêtres avaient-ils vraiment la gueule de Vercingétorix ?

Youssoupha – Espérance de vie

 

Bien sûr, une Histoire commune contribue à la définition de l’identité nationale. Mais, comme le souligne Youssoupha, cela ne peut suffire. Offrir une histoire linéaire commune revient toujours à nier la diversité de la France, qui est pourtant une de ses richesses. Encore une fois, cela ne veut pas dire qu’il faut pour autant faire table rase du passé.

 

Heureuse la nation qui n’a pas d’histoire.

Cesare Beccaria, juriste italien du 18ème siècle

 

Il est plus facile de partir d’une feuille vierge. L’Histoire est sujette à interprétations. L’attaque de Marine Le Pen sur le voyage en Algérie d’Emmanuel Macron le montre, nous sommes rarement en paix avec toute notre Histoire. Elle est ainsi parfois un poids. Si elle est une pierre nécessaire, elle ne peut servir seule de définition à notre identité en tant que nation.

 

Je suis complexe, je suis (aussi) européen

 

Nous l’oublions trop souvent mais nous avons tous une double nationalité. Regardez votre passeport, vous y verrez inscrit tout en haut « Union Européenne ». Oui, nous sommes citoyens européens au même titre que citoyens français. J’aimerais d’ailleurs que nous puissions mettre plus en valeur cette double nationalité mais cela mériterait un article entier. Pourquoi parler d’un sujet aussi compliqué que la nationalité européenne alors que nous nous débattons déjà avec la définition de l’identité française ? Parce qu’il est intéressant de voir comment cette nationalité européenne est née. Toute nation est le fruit d’une construction. Trop souvent, cette construction s’opère contre quelque chose ou plus contre quelqu’un. Dans le cadre de l’Union Européenne, la démarche n’était pas de construire contre mais de construire ensemble. La différence est de taille. Il ne s’agit plus d’une réaction mais d’une action.

 

La difficulté de la construction d’une identité européenne repose notamment sur le fait que notre histoire commune est si tumultueuse. L’idée n’a d’ailleurs jamais été de détruire les histoires de chaque pays membre pour construire une histoire commune, malgré ce que certains veulent faire croire. L’idée était plutôt de construire une nation européenne par des actes, sans oublier le passé, s’en servir pour mieux avancer. Et si, finalement, être français, c’était avant tout construire un avenir ensemble pour notre pays ? Respecter l’histoire de chacun mais former une communauté et avancer ensemble. Notre conception de la nationalité a trop longtemps été celle du bouclier. Arrêtons de la penser comme quelque chose de donnée. Agissons ensemble pour nous dire qu’être français, c’est choisir et agir ensemble.

 

Enfin, selon Youssoupha, « la force est dans le Geste » (Gestelude Pt. 1). Le Geste, un concept sur lequel il ne s’étend pas. Mais comment ne pas lui donner raison ? Il est frappant de noter que nous nous sentons toujours plus français dans l’action : lorsque nous soutenons notre équipe nationale, lorsque nous nous élevons contre la barbarie, … Il est plus aisé de dire quand on s’est senti français que de donner des critères. Aussi je veux dire à tous ceux qui utilisent l’identité comme un moyen pour diviser ou qui la considèrent comme quelque chose d’immobile qu’ils ont tout faux. Par ailleurs, comme je le disais en introduction, une élection est un moment où nous nous interrogeons sur nos aspirations en tant que nation. Nous ne devons pas oublier notre double nationalité, française et européenne, au moment de notre choix. Nous avons une responsabilité en tant qu’européen.

Je ne prétends apporter une réponse à la question de l’identité. Ce que je souhaite simplement, c’est que chacun s’interroge. Je pense qu’une nation est vivante et qu’elle se définit notamment par ses actions. Or, aujourd’hui, nous avons la possibilité d’agir en votant et ainsi de choisir notre avenir comme français. Il ne faut pas laisser passer cette occasion !

 

 

Précision : Il s’agit d’une lecture personnelle des œuvres de Youssoupha et Disiz. Je ne prétends pas restituer l’idée originale des auteurs mais j’espère ne pas en avoir trop écorné le sens premier.

 

Photo : KRiemer – Pixabay

 

Source :

  • Rap Genius (Paroles des chansons)
  • Youtube (Liens vidéos)

A propos Adrien Dorel

Fondateur de Claim Your Ideas - Etudiant à l'EDHEC & membre de Develop EDHEC Social Business

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