La littérature : « chronique d’une mort annoncée »

 

Deux occurrences s’offrent à la passion littéraire. La première naît d’une privation poursuivie dans le temps et la deuxième, d’un héritage générationnel se rapprochant irrémédiablement d’un déterminisme familial.
Me concernant, j’ai subi ces deux types d’influence. Je me remémore ce premier bouleversement littéraire : la lecture de Croc Blanc par mon grand-père. Ce fut le préambule d’un amour désavoué de la littérature qui persista jusqu’à mon adolescence.

Assez parlé de ma condition, la finalité est ici de réagir à une orgie d’informations, nuisant à l’Homme et surtout reléguant notre unique trace dans l’Histoire (avec l’Art) à l’obsolescence.

Néanmoins je tiens à préciser que cet article ne parachève pas l’idée antimoderne d’une nostalgie du « c’était mieux avant ».

 

 

L’idée de cet article m’est venue lors de la visualisation d’une interview de Marguerite Duras datant de 1985 dans laquelle cette dernière songe à la vie des années 2000.
« Le problème sera littéralement noyé dans l’information. Dans une information constante, sur son corps, son devenir corporel, sur sa santé, sa vie familiale, loisir, salaire.
Ce n’est pas loin du cauchemar. Il n’y aura plus personne pour lire, ils verront de la télévision avec des postes partout.

On ne voyagera plus car ce ne sera plus la peine de voyager. Quand on voyage, il y a le temps du voyage, ce n’est pas voir vite : c’est voir et vivre en même temps. C’est vivre du voyage : ce ne sera plus possible. Tout sera bouché, tout sera investi. »

 

Devin, oracle ou simple visionnaire, je ne saurais quel terme choisir pour qualifier M. Duras.

 

L’accroissement du flux d’informations à travers la prolifération des réseaux sociaux, des objets connectés ou encore des notifications « push » nous enferment dans l’immédiateté. Le culte de l’image est tel, que le mot en perd de sa substance. Pour illustrer ceci, quelques chiffres indéniables : environ 300 000 tweets, 15 millions de SMS, 204 millions de mails sont partagés chaque minute à travers le monde. L’Homme ne prend plus le temps pour se retrouver dans un univers étranger, fictif mais est condamné au simple réel. Le monde littéraire est pourtant pourvu de ce pouvoir singulier d’émancipation. Ainsi l’usage croissant de ces technologies fragilise notre capacité à acquérir des connaissances profondes, de mener à bien des réflexions complexes.

 

« Hors des réseaux et des flux incessants d’informations, des sollicitations, le livre est peut-être l’un des derniers lieux de résistance. Plus que jamais, le livre papier, dans sa linéarité et sa finitude, constitue un espace silencieux qui met en échec la culture de la vitesse » Cédric Biagini, auteur de l’Emprise numérique. Comment Internet et les nouvelles technologies ont colonisé nos vies ? La littérature et plus particulièrement la presse papier demeurent des contre pouvoirs dans nos sociétés démocratiques qui ont le devoir de lutter contre l’assouvissement et l’abrutissement général du peuple. Pourtant les ventes ne font que baisser dans ces domaines alors qu’elles devraient exploser…
L’Homme est emprisonné dans le présent et alimenté par la machine infernale de l’information. Dès lors, il bénéficie de moins de moins de l’outil de l’introspection pourtant à l’origine de son véritable progrès.

 

Cependant, je suis convaincu qu’une résistance se formera pour réapprendre à lire. Chaque matin, lorsque je prends le RER, je croise le regard de résistants. Ils dégainent  et brandissent -emplis de fierté et désireux de marquer leur différence- non pas leurs portables mais leurs livres.

 

 

Je conclus avec une de mes citations préférées « La littérature : un coup de hache dans la mer gelée qui est en nous » F.Kafka

 

 

Edouard – Contributeur Claim Your Ideas

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