La réussite économique, une affaire de religion ?

Pourquoi l’Europe est moins innovante ? Pourquoi l’Europe a plus de chômage ? Pourquoi l’Europe a moins de grandes entreprises dans le Global 500 que les Etats-Unis alors qu’il y a près de 200 millions d’habitants en plus ? Pourquoi les Américains sont plus riches que nous ? Tant de questions peuvent être posées sur la faiblesse de la vieille Europe, qui fut jadis le centre du monde, face à un pays vieux d’à peine 250 ans. Les réponses sont nombreuses, mais à la base de tout repose le rapport de l’homme au travail. Oui, nous parlons bien du capitalisme. Quel mot tabou en France ! Bien qu’il soit revenu à la mode depuis quelques années en France, ce simple mot est l’idéologie de tout anglo-saxon qui se respecte, et ce depuis plusieurs siècles. En effet, les anglo-saxons sont plus capitalistes que les Français, ce n’est une surprise pour personne et ça se voit dans le PIB/habitant : il est de 54.000$/hab aux Etats-Unis et de 46.000$/hab au Royaume-Uni, mais sulement de 42.000€ en France. Nous sommes donc plus pauvres et moins productifs que nos voisins anglo-saxons.

 

Voici pourquoi. La productivité vient de l’innovation et de l’investissement qui provient presque exclusivement du secteur privé. Le privé, en France, ne représente que 3 emplois sur 5, quand le public (l’Etat) dépense 57% du PIB (record de l’OCDE) là où les Etats-Unis sont à 40%. A l’origine de cela, plusieurs réponses. Mais j’en vois une principale qu’a énoncé Max Weber en 1920 : la perception du gain et de l’argent joue fortement sur notre capacité à créer de la valeur.

 

Revenons en arrière avec Calvin qui, en définissant le protestantisme, affirme que Dieu choisit ceux qu’il a élu en leur garantissant la bonne fortune. Dès alors, les croyants veulent être choisis par Dieu, et sont incités à bien réussir matériellement. Lorsque réussir devient l’objectif, travailler devient une nécessité et non plus une punition comme dans la religion catholique. Le travail est vu comme gratifiant, formateur et donc nécessaire à tous les hommes.

 

Il serait faux de parler encore de religions aujourd’hui, puisque celles-ci deviennent marginales dans les pays développés (à l’exception des Etats-Unis) mais nous pouvons toujours parler de culture ou d’influence religieuse car c’est bien une mentalité et culture du travail qui persistent. Et cette culture se concrétise dans la réussite économique de certains individus et pays.

 

Pour réussir, on fait des choix, ceux-ci doivent être rationnels, et on prend des risques pour peut-être gagner plus. Or vous ne trouverez pas plus rationnels et riscophiles qu’un entrepreneur, et ces entrepreneurs ont été (beaucoup) plus nombreux dans les pays à dominante protestante : Royaume-Uni, Allemagne, Autriche, Suisse, pays scandinaves et Etats-Unis. Ces pays sont aussi les plus performants économiquement. Hasard ? Regardons maintenant les pays culturellement  catholiques, cette religion qui interdit l’usure, prône la pauvreté comme modèle de vie en référence à Jésus, et encourage l’aumône. Cette religion est donc opposée au capitalisme, à l’accumulation matérielle et à la prise de risque. Ces pays sont les pays d’Europe du Sud : Le Portugal, l’Espagne, la Grèce mais aussi l’Irlande et dans une moindre mesure la France. Vous avez bien vu, ce sont bien les PIGS, ces pays qui ont frôlé la faillite en 2012 et qui ont eu besoin de plusieurs plans d’aides de la Troïka pour se refinancer. La France ne fait pas partie des PIGS, mais est-elle vraiment dans une meilleure situation alors que c’est le seul pays de la zone euro avec la Grèce qui voit son chômage augmenter en 2015. Encore un hasard ?

 

Voilà pour l’approche globale et macroéconomique. Mais alors qu’est ce qui explique précisément ces différences ?

 

Les citoyens des pays à culture protestante ont ce qu’on appelle le « sens du business », c’est-à-dire que la majorité de la population est pro-business, et ça se voit dans la croissance d’une entreprise. Celui qui voit le chef d’entreprise comme un tyran ne fera que le strict minimum pour son travail, ne cherchera pas à améliorer l’entreprise, gérera mal ses équipes et refusera tout changement tandis que le pro-business proposera ses idées, cherchera à s’engager dans de nouveaux projets et donnera le meilleur de lui-même dans son travail pour faire croître son entreprise.

 

N’oublions pas non plus l’aspect politique. Lorsque la majorité vote un pour un président pro-business, celui-ci favorise la législation des entreprises : embauches et licenciements faciles, pouvoir des entreprises face aux salariés etc…Mais ceci est suivi de bien d’autres aspects qu’on oublie souvent : les syndicats anglais, américains et allemands (pour ne citer qu’eux) sont capitalistes, c’est-à-dire qu’ils comprennent que c’est l’entreprise qui les fait vivre et qu’ils font partie d’une organisation à développer. Les grèves sont moins nombreuses en Allemagne qu’en France et de nature différentes : les Français font grève contre des licenciements ou des plans de restructuration nécessaires au développement des entreprises quand les Allemands demandent des augmentations car leur entreprise a réalisé un profit record. L’exemple est caricatural mais globalement vrai, à l’image des grèves qui ont eu lieu chez Air France et Lufthansa : la première voulait lancer un plan de croissance en développant de nouvelles lignes (et donc créer des emplois) et le deuxième négociait l’augmentation salariale des pilotes après une décennie de croissance.

 

Il suffit d’observer le rythme de croissance des entreprises américaine et leur taille, comparées aux entreprises françaises, pour se rendre compte que les anglo-saxons se développent beaucoup plus rapidement, même lorsque les entreprises ont atteint la taille de groupe. C’est aussi aux Etats Unis qu’on voit dans d’importants plans de licenciement et de restructuration. On serait étonné de voir que le chômage est si bas avec la quantité de restructuration que l’on voit. Pourtant, elles sont nécessaires aux entreprises et outre-Atlantique, tout le monde le comprend. On ne le fait pas en France et à comparer les entreprises de ces deux pays, les groupe américains sont en bien meilleure santé économique que les groupes français.

 

D’autres arguments peuvent être mis en avant pour expliquer ces différences, mais voici les principaux. La question désormais est de savoir comment changer cet esprit français culturellement socialiste en esprit capitaliste et entrepreneurial ? Si la tendance paraissait aller dans ce sens, le fait que 7 Français sur 10 soient contre la nouvelle loi du travail favorisant la libéralisation du marché du travail montre que le changement sera long et compliqué…

 

Photo : markusspiske – Pixabay

A propos Audric Prot

Pôle communication - Total EDHEC Entreprendre

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