L’absence de l’Europe dans les secteurs stratégiques : vers l’innovation ou rien

Lorsque Visa a racheté son ancienne filiale Visa Europe aux banques européennes, le marché de la carte à puce s’est réduit à un oligopole exclusivement américain entre Visa, Master Card et American Express. C’est pourtant un marché stratégique pour tous les pays puisque ces entreprises traitent les données personnelles de milliards de personnes à travers le monde. Et ce ne sont que les Etats-Unis qui en profitent. Visa, en rachetant sa filiale européenne, va simplifier la gestion de ses données en les traitant toutes sur le sol américain comme l’a déjà fait ses deux concurrents principaux. Les Etats-Unis disposent donc d’un avantage stratégique puisqu’ils récupèrent par la même occasion les données de clients étrangers. Mais le domaine stratégique des cartes à puces n’est pas le seul où l’Europe est absente. Un autre domaine en relation avec le Data est le numérique, et surtout l’informatique. Si le numérique se répand doucement en Europe, les mastodontes restent essentiellement américains avec les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) dont la capitalisation boursière cumulée est supérieure à l’ensemble des capitalisations du CAC40. Ils génèrent des milliards d’euros de profits et récupèrent, puis vendent, les données de leurs clients. Quand on sait que l’information est devenue le nerf de la guerre, et surtout de l’économie, on se rend compte que les Etats-Unis sont dans une position de force face à l’Europe. Et alors que les ventes de smartphone progressent partout dans le monde, Il n’y pas de producteurs majeurs de smartphone en Europe. Les producteurs viennent d’Asie ou des Etats-Unis, pourtant ces producteurs sont souvent très innovants avec des gros budgets en R&D (Apple et Samsung font partis du top 10 des entreprises les plus innovantes), or l’investissement est au cœur de la croissance des entreprises et du PIB.

 

Plus stratégiquement, l’Europe vient seulement de se réveiller après son retard dans les services de localisation, avec l’extrême dépendance envers le GPS américain. Le système Galileo commence seulement à le concurrencer, des années de retard après le GPS. Mais on notera toutefois la volonté de l’Europe de se placer au moins en rival dans certain secteur monopolisé par les Américains, notamment dans l’aviation et le spatial avec la création d’EADS (devenu Airbus Group) et de l’ESA (l’agence spatiale européenne). Les deux sont des succès, puisqu’Airbus est le leader mondial en terme de commandes (qui valent 10 années de production et presque 1000 milliards d’euros) et que l’ESA a réussi l’exploit de placer la sonde Philae sur un astéroïde ! Toutefois, le secteur public ne sera pas toujours là pour remplacer le privé, alors même que l’inverse se produit aux Etats-Unis avec SpaceX, le constructeur privé de fusées crée par le milliardaire Elon Musk.

 

On aperçoit rapidement que les Etats-Unis sont bien positionnés pour être en tête dans les secteurs économiques des années à venir et surtout en tête des renseignements qui sont d’une très grande utilité économiquement.

 

Seule chance désormais pour l’Europe : tenter de se rattraper en encourageant l’innovation, avec une simplification des règles et une fiscalité adaptée à l’investissement. C’est d’autant plus vrai que le leader est souvent le pionnier du secteur, et que copier un modèle ne suffit pas et ne semble pas soutenable sur le long terme. Si l’on sait déjà que le marché des objets connectés pèsera pour près de 1000 Mds€ en 2020 (7% du PIB de l’UE), il faut inciter les entreprises à s’orienter dans cette voie et ainsi oublier l’échec du tournant numérique en Europe.

 

Photo : frankieleon

A propos Audric Prot

Pôle communication - Total EDHEC Entreprendre

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