Le beurre et l’argent d’Uber

Depuis quelques jours un conflit opposant les conducteurs de taxis aux conducteurs de véhicules VTC (voiture de transport avec chauffeur) fait des dégâts dans la capitale. Il ne se passe plus un jour sans qu’une raillerie filtre sur les réseaux sociaux, portes paroles du soutien populaire à la Start Up américaine Uber.

 

Il y a quand même un goût de « too much » dans cette histoire. Deux dirigeants en garde à vue, des dizaines d’interpellations, des comportements violents enregistrés, ce sont autant de comportements que personne n’attendait avec un sujet qui semble finalement si futile.

 

Ce qu’il faut avoir à l’esprit, c’est que la futilité de ce conflit n’est qu’une apparence. C’est un réel problème que traduit cet affrontement. En tant que jeune homme, membre de la dite « Génération Y », je ne peux m’empêcher d’y voir une nouvelle ère. L’arrivée d’une nouvelle vague de jeunes sur-motivés et bourrés de bonnes idées pour contourner les ordres établis dont ils ont refusé l’immuabilité.

 

Et c’est peut être là que réside tout le problème. Si en 10 ans nous autres avons changé la manière de voyager, inventant Blablacar, Uber ou Ouicar, de partager des contenus avec Snapchat, Yo ou Vines et bien d’autres choses encore, c’est bien un vaste mouvement contestataire qui s’organise sous nos yeux.

 

Revenons à l’exemple d’Uber et posons quelques questions. Qui n’a jamais été refoulé à une  heure tardive par un conducteur de taxi impoli et patibulaire qui après nous avoir finalement accepté rallongeât la course exagérément ? Qu’y a-t-il de plus agaçant ? C’est dans cette frustration, dans cette colère qu’Uber établit la force de son modèle. Uber, c’est pour ne plus avoir à payer 60 euros un retour qui en coute 20 aujourd’hui. C’est une nouvelle manière de résister que nous inventons là. Nous géolocalisons, nous réduisons les frais, nous vouons allégeance à celui qui embellit nos fins de soirée.

 

Pas de pitié pour les taxis donc ? Ce serait tellement plus simple. Nous savons tous aujourd’hui qu’il y a des abus du coté des taxis. Que certains peuvent se faire des fortunes sur les licences des plaques de taxis et se moquent allégrement des clients qu’ils transportent. Ils achètent et revendent à prix d’or les licences qui permettent d’être conducteur de taxi alors que d’autre s’échinent à en acheter une. Mais je pense grossir les chiffres en disant que ce type de taxis ne représente que 1/10 des conducteurs de taxis. Dans les autres cas, le conducteur de taxi est une personne courageuse et endettée. Courageuse car le travail et les horaires ne sont pas faciles. Le conducteur de taxi se lève tôt pour vous conduire ou conduire vos parents à l’aéroport lorsqu’ils partent en déplacement. Celui qui vous connaît fera de son mieux pour que vous passiez un voyage agréable en sa compagnie. Il dit souvent des banalités mais c’est pour ne pas vous froisser, pour entretenir la conversation et surtout pour vous offrir pendant quelques kilomètres le calme d’un espace clos avant votre journée de travail. C’est ce même taxi qui vous fera la discussion pour vous maintenir éveillé(e) après vos soirées arrosées. Il se reconnaît parfois en vous et sait rire de l’époque dans laquelle il vit. Il n’est pas réactionnaire, il a des bouches à nourrir et un prêt à rembourser.

 

Aujourd’hui une licence de taxi en grande ville peut couter 200 000 euros. Avec un kilomètre parcouru à 1,56 euros au tarif le plus élevé et à Paris, c’est donc 128 205 km que doit faire le chauffeur de taxi pour espérer vivre de son travail, soit 46 Paris-Moscou hors frais de carburants. C’est la raison pour laquelle, la solution : « tous les taxis deviennent des Uber » ne fonctionne pas. La plupart du temps, les Uber complètent leurs revenus ou occupent leur journée avec cette activité. Ils ne sont pas dans une logique de survie mais d’appoint. Par contre, ils rendent la vie très difficile aux conducteurs de taxi.

 

J’envisage donc une solution que je laisse à l’appréciation de nos lecteurs*. Nous pourrions limiter le nombre d’heures travaillées par un Uber chaque semaine ainsi que le nombre d’Uber dans une même ville. Cela permettrait à la fois aux taxis de vivre tout en permettant aux utilisateurs d’Uber d’y trouver leur compte. Les Uber auraient à optimiser leur carnet de clients pour rester dans leur quota d’heures mais continueraient à percevoir un revenu complémentaire. Dans le même temps, il faudrait réglementer beaucoup plus sévèrement l’activité des taxis. Chez les taxis, il existe des abus très nets, héritages d’une époque où le gouvernement aimait instaurer des monopoles. Cela demandera une bonne dose de courage politique, mais encore une fois cela ne concerne pas que ce problème.

 

* : N’hésitez pas à laisser des commentaires ou à nous faire parvenir un article

 

Source : jean pierre gallot – Flickr

A propos Quentin Batany

Étudiant(e) (ESCP Europe)

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