L’Europe, jeune femme ou vieille fille ?

Dans la mythologie grecque, Europe, c’est une jeune fille, belle, charmante, comblée des dons de la nature, tant et si bien qu’elle séduit, sans le savoir, le dieu réputé le plus puissant, Zeus. S’unissant à elle, ils conçoivent trois fils, dont Minos, futur roi de Crète et maître du Minotaure.

Alors que lundi était la journée de l’Europe, je ne peux m’empêcher de filer la métaphore jusqu’au bout. L’Europe, cette terre qui prolonge l’antique Asie à l’ouest, et qui s’est auto proclamée continent. L’Europe, cette femme séduisante qui a nourri tous les fantasmes de ses Pères fondateurs, et de ses premiers adhérents. Robert Schuman, Alcide de Gasperi, Konrad Adenauer, Paul-Henri Spaak, Jean Monnet… autant d’hommes politiques conquis par la beauté de l’idée européenne. L’Europe, cette source de rêves, d’idéaux, ce vivier d’inspiration, qui, unie aux volontés de puissance des hommes et des femmes séduits par elle, accouche de plus mauvais qu’elle.

L’Europe, au départ, ce sont six pays, réunis par une volonté de reconstruire les pays à la sortie de la guerre, et de grandir dans l’unité économique, et pourquoi pas, à terme, politique. L’Europe, au départ, c’est l’incarnation de la célèbre maxime « l’union fait la force ». L’Europe, au départ, c’est une communauté ouverte aux idées, symbole de la démocratie, du service et de la réussite.

 

L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble: elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait.

Aujourd’hui, l’Europe est accusée de bureaucratisme et de gérontocratie. De lenteur, et de noyade de poissons. L’Europe, de jeune femme charmeuse, est devenue veuve fatiguée. Ses adhérents de la première (ou deuxième) heure sont dubitatifs : la Grèce manque de s’effondrer, la Grande Bretagne menace de s’échapper. Pourtant, étudiante dans une école qui se targue de son caractère européen, je dois admettre me sentir tout à la fois de plus en plus française, et de plus en plus européenne. L’un ne va pas sans l’autre. Née en 1995, je n’ai connu pratiquement que l’euro depuis que je sais compter. Tout depuis ma naissance respire la libre circulation, la non existence des taux de changes, le commerce facilité, la richesse optimisée. Fière d’être européenne, consciente d’être aussi responsable de cette institution qui s’essouffle, en cette journée de l’Europe, j’aimerais rappeler que l’Europe, ce sont d’abord les européens.

« Jeunesse rêve, vieillesse décompte », dit le proverbe. Après presque trois quarts de siècle d’existence de l’Europe, nous en sommes à l’heure du premier bilan. L’Europe, c’est un taux d’emploi de 70%, une dette publique de 82%, un risque de pauvreté de 25% de la population. Ces résultats ne sont pas glorieux, mais chacun peut se demander où sont passés les idéaux des premiers jours. Qu’avons-nous fait de l’Europe ?

« La vieillesse bien comprise est l’âge de l’espérance », disait le vieil Hugo. Comprenons alors que celle qu’on appelle le vieux continent n’est ni vraiment un continent, ni encore parvenue à sa vieillesse.

 

Tàrà Polderman – Contributrice CYI

 

Photo : Pixabay

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