Nuit… Debout contre la démocratie

A tous ceux qui pouvaient se demander ce que fait le mouvement Nuit Debout le jour, ce mardi 19 avril 2016, nous aura apporté un semblant de réponse. Membre de Tribunes ESCP, mes amis et moi-même avions en ce jour organisé une conférence dont l’invité était Florian Philippot. Quelle ne fut pas ma surprise à 17h30, lorsque je me rendis à mon école, ESCP Europe, de découvrir devant l’entrée des dizaines de membres du désormais célèbre mouvement Nuit Debout, bloquant la porte. Il ne me fallut que quelques minutes pour entendre leurs motivations : dénoncer le lien entre le FN de Florian Philippot et l’affaire des « Panama Papers », sujet que je maîtrise lâchement, je le reconnais. Mais là n’est pas le problème.

 

Informé de la situation, qui s’amplifiait à mesure du temps, Florian Philippot tenait cependant à maintenir sa venue. Néanmoins, inévitablement, et fort logiquement, l’administration de l’école prit, pour des raisons de sécurité, la décision d’annuler la conférence. L’épilogue factuel de cet événement étant dramatiquement le suivant : la délégation de Nuit Debout venait de faire annuler une conférence-débat.

 

Au-delà de l’immense irrespect envers les membres de Tribunes ESCP qui ont durement travaillé à la réalisation de cette conférence, les enseignements à tirer de cette mobilisation spontanée sont autres, et surtout tout à fait effrayants. Il n’y a pas de petites menaces quand il s’agit de démocratie. Dans quelle société, dans quel monde, bloquons-nous la tenue d’une conférence, lorsque l’invité ne partage pas nos idées ? Je suis personnellement en total désaccord avec les idées que prônent Florian Philippot et le FN. Mais cela ne peut être une excuse pour bafouer la liberté d’expression. Tribunes ESCP avait décidé de sortir des sentiers battus et de proposer aux étudiants de l’école de débattre avec le Front National. Nuit Debout en a décidé autrement. Pourtant, au détour de la place de la République, tout un chacun pourra constater une fervente défense de la liberté d’expression. Il convient donc de déplorer que le kilomètre qui sépare République de l’ESCP semble avoir eu raison des combats et des valeurs, en apparence si nobles, des manifestants.

 

Mais l’hypocrisie n’est pas le seul mal de ce mouvement. Il suffisait d’engager le dialogue avec les personnes présentes pour constater une véritable mauvaise foi ambiante. « Personne nous vous empêche d’entrer » ; « nous étions prêts à débattre avec Philippot ». Car oui, le jeune manifestant ne voit plus loin que le bout de son nez. S’il considère qu’il ne bloque pas directement l’accès à l’école et à la conférence, puisse-t-il un seul instant sérieusement imaginer que l’administration de l’école ne bloquerait pas l’entrée pour des raisons évidentes de sécurité ? Le jeune manifestant se croit également au-dessus des règles. S’il se disait prêt à débattre avec Philippot, pourquoi ne pas s’être inscrit sur la liste des personnes extérieures afin d’assister à la conférence, comme il convenait de le faire ? Ces questions demeureront sans réponse, la spontanéité de ce mouvement ayant eu raison de sa rationalité. Pis encore, on me glisse à l’oreille qu’il était préparé depuis plusieurs jours. Il en était pourtant fier de son blocus, le petit jeune de Nuit Debout : « vous nous l’avez bien caché votre événement, mais on vous a démasqué » affirme-t-il fièrement. « Nous n’avons rien masqué », répondis-je sobrement. Ce à quoi on me rétorqua qu’il n’y avait rien sur notre site internet. Pour cause, il est inactif depuis près d’un an. Je compris alors un peu plus à quel point à Nuit Debout, on ne maîtrise que vaguement, si ce n’est absolument pas, ce que l’on dénonce.

 

Mais devant ses contradictions, le manifestant ne se borne pas à faire preuve de mauvaise foi. Plus grave encore, il diffame. Bien mal informé donc, et auteur d’allégations d’une extrême fausseté, il ne le dérange point d’accuser d’extrémistes les membres de Tribunes ESCP et les étudiants de l’école. Tout en confortant crânement sa position : « vous ne faites qu’organiser des conférences d’extrême droite ». La réponse que je lui apportai alors aura au moins le mérite de détruire l’insolence de son sourire. Car oui, jeune manifestant, il y a une différence entre les conférences de l’ESCP et celles de Tribunes ESCP. Une subtilité que tu ignorais n’est-ce pas ? Et quand bien même tu n’aies pas la présence d’esprit de faire cette distinction, je te le réaffirme, il s’agit du premier invité d’extrême droite intervenant dans notre école. Quant à Tribunes ESCP, cette association d’extrême-droite, sache que son dernier invité politique c’était Jean-Luc Mélenchon. Je crois qu’il n’y a plus rien à dire n’est-ce pas. De fait, puisque c’est le moment, jeune manifestant, où tu choisis de me tourner le dos alors même que j’étais en train de te parler. Peut-être fut-ce mon costume qui t’effraya. Notre tenue vestimentaire, portée par mes collègues et moi-même, fut en effet l’objet de nombreuses de tes remarques. Désolé de ne pas accueillir les invités en tongs s’excuse d’ailleurs auprès de toi l’un de mes amis. Mais plus largement, je pose alors la question : qui sont les véritables extrémistes ? Qui sont les plus intolérants ?

 

A toi, jeune manifestant de Nuit Debout qui bloqua l’entrée d’ESCP Europe, si tu prônes le bien vivre en société, respectes-en tous les acteurs. Si tu défends la transparence et la vérité, n’invente pas la tienne. Si tu combats les idées reçues et prônes la bienveillance, ne prolifère pas clichés et préjugés sur les individus qui te contredisent. Et si tu n’aimes pas la démocratie, n’en dégoûte pas les autres, et surtout, cesse de feindre en être le défenseur.

 

Tâm Nguyen – Membre de Tribunes ESCP

 

Photo : Nicolas Vigier – Flickr

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