« Réjouis-toi, toi qui n’enfantais point ! »

GPA, ces trois lettres qui, associées à celles de PMA, ont fait et continuent de faire frémir la France. GPA, gestation pour autrui, ou, dans mon vocabulaire, gestation par autrui. Parce que dans le mot « pour » se dessine toute une idée de don, de bienfait, presque de cadeau ou même de privilège. Permettez-moi d’en rire ! Alors que le mot « par » définit bien mieux cette pratique qui consiste à ne pas porter soi-même son enfant, à faire porter son enfant par quelqu’un d’autre, à louer le ventre d’une autre femme pour le propre bienfait d’une femme stérile ou à difficultés, ou encore pour répondre au désir de paternité/maternité de couples homosexuels. Sur ce sujet, ma réponse est non, non, trois fois non.

 

Tout d’abord, et ce depuis quelques années, on ne cesse de découvrir l’horreur des « usines à bébés » des pays en développement : au Nigeria, en Thaïlande, en Inde. Comment fermer les yeux devant une telle marchandisation du corps, même non monnayée ? Souvenons-nous de Mme Taubira qui demandait à ce que soient reconnus les enfants nés de GPA à l’étranger, tout en certifiant que jamais, au grand jamais, cette pratique ne serait appliquée en France. Donc tant que cela ne se passe pas chez nous, pas de problème, tout va bien : telle était la thèse de notre ancienne Garde des sceaux, à qui, soit dit en passant, personne n’avait jamais demandé son avis. Après tout, une ministre de la justice est censée faire appliquer la loi dans les tribunaux, et non donner son avis sur un débat d’éthique fondamentale. Mais c’est un autre sujet. De quel droit, je vous le demande, un couple, quelle que soit son orientation, pourrait revendiquer le ventre d’une femme ? Au nom d’un supposé droit à l’enfant, comme le suggérait Mme Vallaud-Belkacem ? Ah, parce qu’avoir un enfant est un droit… Première nouvelle… Non, donner la vie à un enfant n’est pas et ne sera jamais un droit. Un enfant n’est pas fait pour être utilisé pour combler tel ou tel besoin d’affection, de maternité, non : c’est l’enfant lui-même qui est don total de Dieu aux parents. C’est pour cela que des parents sont géniteurs de l’enfant, procréateurs et non créateurs. Car le Créateur, c’est Dieu. « Je crois en un seul Dieu, créateur du Ciel et de la terre, de l’univers visible et invisible ». Au nom d’un prétendu droit à l’enfant, je pourrais donc revendiquer mon droit à disposer du ventre d’une femme de bonne volonté. Cette fois, je ris jaune.

 

L’être humain ne peut pas perdre sa dignité de personne humaine. Mais l’être humain doit se reconnaître faible, pauvre. Parce que nous le sommes tous. Quelle plus grande pauvreté qu’un couple devant la mort d’un enfant ? Quelle plus grande solitude que celle d’une personne en fin de vie ou en état végétatif ? Quelle plus grande douleur que l’épouse dont le sein n’enfante pas ? Et notre société contemporaine, qui ne supporte ni la pauvreté, ni la douleur, ni la faiblesse, se propose de supprimer tous ces sentiments en mettant en place avortements, euthanasie, PMA, GPA… Et pourtant, tout au long de l’histoire (sainte ou non), des femmes ont été stériles, mais finalement ô combien fécondes ! La première de toutes, Sarah, épouse d’Abraham, rit de la promesse de Dieu d’enfanter une descendance plus nombreuse que les étoiles du ciel. Et pourtant elle mettra au monde Isaac, et sera mère du peuple des croyants. Puis nous voyons Rachel, épouse de Jacob, qui ne mettra au monde que deux enfants, quand sa sœur Léa en concevra sept. Mais ces deux enfants, Joseph et Benjamin, seront les plus aimés de leur père, les plus précieux. Et l’histoire se poursuit, jusqu’à Elisabeth, parente de la Vierge Marie, qui « en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la femme stérile », qui enfantera Jean le Baptiste, dernier des prophètes, précurseur de Jésus-Christ. Comment, après la crucifixion, comprendre les nombreux choix de célibat vécus par hommes et femmes qui veulent suivre Dieu de plus près ?

 

La jeune femme sans mari, comme la jeune fille, a souci des affaires du Seigneur ; celle qui s’est mariée a souci des affaires du monde.2

 

Et d’ajouter :

 

Si cependant tu te maries, tu ne pèches pas. Et si la jeune fille se marie, elle ne pèche pas.3

 

Ainsi donc, sans appeler tout le monde au célibat, ces vierges, ces prêtres, ces moines, nous montrent qu’il existe autre chose, qu’il existe plus grand, plus profond, plus créateur que mes épreuves et ma petite vie, et mes soucis. Il existe une fécondité de l’esprit, avant même la fécondité de la chair, ou sinon avant, du moins simultanée. Je ne veux en aucun cas minimiser la douleur d’une femme stérile, ou l’envie d’un couple d’avoir un enfant. C’est dur, c’est très dur. C’est importable, parfois. Mais ne cherchons pas à trafiquer la nature pour notre profit. Ne jouons pas avec cette épreuve qui est donnée à certains. Car d’une épreuve sort toujours un plus grand bien. Dieu n’échoue jamais. Dieu n’est pas venu supprimer notre souffrance, mais il est venu l’habiter (à bon entendeur, salut !).

 

Nous n’avons aucun droit sur le corps d’un autre. En tant que femme, je n’ai non plus le droit de porter un enfant qui ne soit pas le mien, tout comme je n’ai en aucun cas le droit de supprimer une vie naissante en moi. Je n’ai pas le droit de concevoir l’enfant de quelqu’un d’autre. Non, je n’ai pas ce droit à disposer de mon corps. Et je ne le revendique pas. Parce que je n’en veux pas, je ne veux pas disposer de la vie comme bon me semble. Et je conclurai par les mots de Bernanos : Tout est grâces4.

 

Titre : Épître de Saint-Paul apôtre aux Galates, 4 ;27

2 : Première épître de Saint-Paul apôtre aux Corinthiens, 7 ;34

3 : Première épître de Saint-Paul apôtre aux Corinthiens, op cit

4 : George Bernanos, Journal d’un curé de campagne

 

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Contributeur CYI anonyme

 

Photo : Pixabay

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