TF1 back in da game

Il est difficile de trouver une quelconque cohérence éditoriale au regard de la grille des programmes de TF1 depuis une dizaine d’années : des séries américaines -beaucoup- quitte à tirer sur la corde (les Experts, les Experts Miami, les Experts Manhattan, Les Experts à la plage, les Experts à la Campagne, à moins que ce ne soit Martine?), des jeux et de la téléréalité -un peu- et des contenus originaux et intéressants -pas assez-. L’autoproclamée première chaîne d’Europe voyait son avance sur ses concurrents fondre, et ce malgré l’interdiction de la publicité pour les chaînes du service public. Seules quelques marques fortes perduraient : Koh-Lanta, The Voice, Danse avec les Stars, les matchs de l’Equipe de France de Foot, et c’est à peu près tout. Evidemment, après dix ans de bons et loyaux services à pourrir les grilles, Nonce Paolini est gentiment débarqué. Bonjour Gilles Pélisson, ancien de Disney entre autres, qui a donc, depuis le début de l’année, la lourde charge de faire revivre les chaînes du Groupe.

 

Pélisson le sait, la moitié des programmes (pour être gentil), est à jeter. Mais surtout, la chaîne fait face à une concurrence de plus en plus féroce sur ses points forts historiques. M6 a acquis les droits de l’EdF pour l’Euro 2016 et diffusera la finale de la compétition alors que, depuis des années, le Football était associé à la « Une ». TF1 subit aussi la concurrence du groupe de Nicolas de Tavernost sur les programmes d’access. Reines du Shopping, Un diner presque Parfait, contre 4 Mariages pour une lune de Miel ou Bienvenue chez Nous. Globalement, les programmes sont interchangeables. Quatre bonnes femmes (ou des hommes, même si c’est moins vendeur pour la ménagère) qui se notent à tour de rôle pour tout et n’importe quoi, de l’ambiance au mariage en passant par la qualité des extérieurs. Le moindre prétexte est bon pour descendre l’autre. Le clash de téléréalité pour trentenaires et plus. Moins trash, mais pas moins gênant. Il faut en plus subir la concurrence du JT de France 2, devenu un vrai rival depuis quelques années et les renouvellements des présentateurs. A cela s’ajoute l’arrivée de D8, chaine dont la ligne éditoriale est quand même beaucoup plus claire et se résume en un mot : Hanouna.

Aux grands maux les grands remèdes. Dès son arrivée, Pélisson veut marquer le coup, et commence son aventure sur TF1 par un grand coup: l’arrivée d’Ara Aprikian, nouveau directeur des programmes, débauché du groupe Canal. Une décision majeure dans les coulisses, annonciatrice de mouvements à l’antenne. Le crâne le plus luisant de la télé sera un véritable atout dans les prochains mois. Il est en effet, l’homme de l’ombre de la réussite d’Hanouna sur D8, et a déjà initié son travail de sape. Pour son premier mercato, il ne fait pas dans la dentelle. Margotton, commentateur vedette de Canal+, remplace Christian Jeanpierre pour le football. Une décision loin d’être anodine : au fil des ans, CJP est devenu la risée des réseaux sociaux, pour ses commentaires plus qu’approximatifs. Difficile de conserver plus longtemps un tel niveau d’amateurisme alors que les matchs de l’Equipe de France sont généralement les meilleures audiences de la Chaine. L’arrivée de Margotton est un signal fort adressé aux fans de sport qui désertent les chaînes gratuites pour des bouquets spécialisés. Le Foot retrouve ses lettres de noblesse et Pélisson n’en a pas fini, s’attelant à refaire du groupe TF1 un leader de l’information. C’est dans cette logique qu’Yves Calvi débarque sur LCI. Le passage en clair de la chaîne d’information, réclamé au CSA depuis des mois, est enfin une réalité. Pour se démarquer de ce qui se fait déjà sur Itélé ou BFM, la chaîne prend le parti d’accorder une plus grande part au décryptage de l’actualité plutôt que de subir la tyrannie du direct et d’alimenter le buzz en permanence. Recruter Yves Calvi répond à cette exigence, lui qui anime avec succès le magazine C dans l’air depuis 2001.

 

Mais le fait le plus marquant est l’annonce ce matin de l’arrivée de Yann Barthès. Dernier représentant de l’esprit Canal, le présentateur quitte Le Petit Journal, émission qu’il a créée et qu’il produit depuis 2011, avec la société Bangumi. Vincent Bolloré voulant passer LPJ en crypté et réduire les coûts, TF1 s’est engouffré dans la brèche pour réaliser un énorme coup, certainement le plus beau transfert de l’audiovisuel français depuis des années. Car Barthès incarne tout ce que la chaîne n’est plus depuis bien longtemps. Avec lui, TF1 se rajeunit, innove, et devient aussi moins lisse, plus impertinente, ce qui ne peut vraiment pas lui faire de mal. Il devrait animer une quotidienne sur TMC, ainsi qu’un hebdo sur TF1. Mais pour l’instant, rien de bien croustillant n’a fuité.

 

Au-delà des transferts, le Groupe tente des choses. Arthur présente un nouveau talk-show qui n’est pas sans rappeler le TPMP d’Hanouna, le vendredi, en deuxième partie de soirée. Là encore, une bande, autour d’un animateur, décrypte l’actu média. Rien de nouveau sous le soleil, mais l’animateur reste un gage d’audience. La chaine va également proposer les premiers épisodes de la série produite par Netflix, Marseille, avec Depardieu et Magimel. Détruite par la critique, la série se laisse pourtant bien regarder. Une version franchouillarde (et moins bien réussie) d’House of Cards, mais qui change un peu du traditionnel policier du Jeudi. A priori, ça devrait bien marcher.

 

En à peine quelques mois, Pélisson a redonné un coup de jeune à la chaîne, et la sortie de cette spirale de médiocrité initiée par Paolini. Ce n’est qu’un début, mais on ne peut que féliciter l’initiative. Il est grand temps d’en finir avec la télé poubelle de TF1.

 

Jean Delanoy – Contributeur CYI et CYI-Sport

 

Photo : Infomédiaire – Facebook

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