Un séisme et ses répliques…

Dimanche 6 décembre, 20h : les résultats du premier tour des régionales tombent. Si la surprise est relative (les sondages des dernières semaines annonçaient de tels résultats), le choc provoqué par ces élections n’a pas été amorti par cette prévisibilité. Le lendemain, les résultats étaient sur toutes les lèvres et une question était au centre des préoccupations : comment faire barrage au FN ? Dans cette optique, des choix forts ont été, parfois, faits. A d’autres moments, c’est l’immobilisme de certains face à une telle situation qui a marqué les esprits. Alors, que retenir de cette semaine intense ?

 

Une victoire avant la défaite ?

 

Dimanche soir, le Front National faisait la fête. De leur point de vue, il y a de quoi : Marine Le Pen qui récolte 41% des voix dans la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, Marion Maréchal-Le Pen en tête avec 40,5% des voix en Provence-Alpes-Côte d’Azur, … Un raz de marée Bleu Marine. Par ailleurs, l’élément important à noter est que les gens se sont déplacés pour aller voter FN : les bons scores du parti frontiste ne s’expliquent par une désertion des isoloirs. Par exemple, dans la région Nord, la participation a progressé par rapport au scrutin de 2010.

 

Nicolas Sarkozy a raison de déclarer qu’il ne faut pas diaboliser le vote FN. Chaque citoyen est libre d’exprimer son choix. Cependant, ce vote est alarmant parce qu’il montre une adhésion toujours plus importante des français à certaines idées. Il suffit de lire un de mes articles de la catégorie « économie » ou « politique » sur Claim Your Ideas pour comprendre que je ne peux cautionner ni le programme économique, ni le programme politique du FN. Ces résultats sont donc également un signal pour les journalistes, les experts ou pour les sites comme Claim Your Ideas : il est nécessaire d’être plus pédagogique, de prendre plus de temps pour montrer pourquoi certaines propositions du FN aberrantes et/ou dangereuses (comme le retour au franc par exemple ou le retrait de subventions à la Voix du Nord parce que certains journalistes ont exprimé leurs craintes par rapport à une élection du FN).

 

Paradoxalement, cette victoire annonce peut-être une défaite : certains sondages annoncent que le FN pourrait ne remporter aucune région. Le premier tour a visiblement eu le rôle d’un électrochoc pour les électeurs et les hommes politiques. Même si le parti frontiste remportait une ou plusieurs régions, cette victoire pourrait n’être que de courte durée. En remportant une région, le FN accèderait au pouvoir or, aujourd’hui, une des principaux arguments du parti de Marine Le Pen est qu’il est le seul à n’avoir jamais gouverné. Une victoire dimanche prochain apporterait donc son lot de problèmes au parti frontiste…

 

La politique de l’autruche des Républicains…

 

Ces élections m’ont confirmé à quel point certains partis ou hommes politiques étaient déconnectés de la réalité. Il y a quelques semaines, j’avais publié un article sur les Républicains (« Même si le singe est vêtu de soie, il demeure un singe »). Lorsque j’ai écrit cet article, j’espérais sincèrement me tromper sur ce parti. Malheureusement, j’ai eu tout juste. Le choix des Républicains de ne pas fusionner ses listes avec le Parti Socialiste dans certaines régions illustre bien le fait que l’intérêt du parti est toujours plus important que l’intérêt des français.

 

Les Républicains avaient une opportunité de montrer que le dialogue entre les partis était possible, qu’au-delà de certaines différences, on pouvait s’entendre sur ce qui comptait vraiment. Mais non, le gain était trop alléchant ! Heureusement, quelques dignitaires des Républicains ont compris la gravité de la situation, comme Jean-Pierre Raffarin et Nathalie Kosciusko-Morizet (qui ont voté contre la stratégie du « ni-ni » de Nicolas Sarkozy). . Mais ils sont trop peu nombreux. « C’est aussi notre faute si le FN fait de tels scores » a déclaré Hervé Mariton : un éclair de lucidité dans un parti, qui risque de perdre gros à terme avec sa stratégie, qui n’attire pas les électeurs du FN et qui repousse les électeurs du centre et de la droite modérée.

 

Une situation impossible pour le PS

 

La décision des Républicains a mis le Parti Socialiste dans une situation intenable : accepter de retirer ses listes ou voir le FN remporter des régions. On ne peut que saluer les décisions de Pierre de Saintignon ou de Philippe Castaner de retirer leur liste : ils ont agi dans ce qu’ils pensent être l’intérêt des électeurs (au détriment de leurs intérêts personnels). L’image est forte et appréciable.

 

Le Parti Socialiste savait depuis longtemps que ces élections étaient perdues : il ne fait pas bon d’être le parti au pouvoir en temps de crise (même si le scrutin de dimanche doit permettre de choisir les candidats les plus aptes à diriger une région et non pas sanctionner le parti en place). Le but était donc de « limiter la casse ». Malheureusement, avec plusieurs listes retirées, l’addition risque d’être salée pour le parti de François Hollande. Ceci dit, l’image du Parti Socialiste bénéficie des choix forts faits par sa direction suite aux résultats de dimanche.

 

Ailleurs en Europe…

 

Je souhaitais terminer cet article par un constat. Le vote en faveur du FN est souvent présenté comme un vote en réaction à la crise économique. Une étude menée par trois économistes(1) a d’ailleurs montré que le vote en faveur de l’extrême augmentait toujours après une crise économique. Certains pays de la zone euro souffrent encore plus de la crise, notamment les pays d’Europe du Sud. Observe-t-on le même phénomène en Espagne ou en Grèce qu’en France ? Aube Dorée avait bien fait une entrée remarquée au Parlement grec au plus fort de la crise mais globalement, les partis, qui ont émergé de la crise, sont d’extrême gauche (Syriza en Grèce et Podemos en Espagne).

 

Je ne partage pas les convictions de ces deux partis mais il est intéressant d’observer que, dans d’autres pays, ce soient des partis comme ceux-là qui soient plébiscités alors qu’en France, ce soit le FN. Mais le plus frappant est certainement l’émergence de Ciudadanos en Espagne, un parti du centre, opposé à l’indépendance catalane. Loin des extrêmes, de la corruption et de l’aveuglement qui ravagent les partis traditionnels, Ciudadanos est aujourd’hui présenté comme la quatrième force politique espagnole. Ce parti, qui a fait de la transparence un élément clé de sa politique, milite pour plus d’Europe, une réforme de la Constitution, un nouveau pacte pour l’éducation.

 

La France a besoin d’un parti comme Ciudadanos, surtout après le séisme des régionales. Mon intention n’est pas dire qu’il faut voter pour tel parti ou que tel homme politique est celui qui conviendrait à notre pays. Loin de moi cette prétention. Je souhaite simplement, qu’en France, un parti comme Ciudadaos apparaisse pour offrir une nouvelle option dans le paysage politique, autre chose que les partis traditionnels ou les extrêmes.

 

Photo : Blandine Le Cain – Flickr

 

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A propos Adrien Dorel

Fondateur de Claim Your Ideas - Etudiant à l'EDHEC & membre de Develop EDHEC Social Business

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